La place accordée aux transsexuels est l'un des paradoxes de la société pakistanaise. En avril 2013, elles ont pu voter pour la première fois en tant que « citoyen du troisième sexe », lors des élections législatives. Depuis près de cinq ans, les autorités du pays leur reconnaissent le droit d’inscrire sur les cartes d’identité la mention de Transsexuel, homme ou femme. Une avancée obtenue au terme d'une longue sortie de l'ombre de la communauté, qui n'hésite plus à venir manifester dans les rues pour défendre ses droits depuis une dizaine d'années.

Les Hijras constituent un héritage des eunuques des empereurs moghols du sous-continent indien, une tradition séculaire. Présentes jusque dans les villages reculés du Pakistan, elles sont un élément de la société que personne ne veut voir.

À Rawalpindi, ville jumelle d'Islamabad de près de deux millions d'habitants, et qui compte plusieurs milliers de transsexuels, nombre d'entre elles sont réduites à la mendicité.

Souvent rejetées par leur famille, la plupart d'entre elles ont dû quitter leur foyer très tôt, sans travail ni ressources, et vivent au sein de communautés sous l'égide d'un guru, entraîneuse de dizaines de transsexuels qui les fait danser dans des fêtes populaires et monnaie leurs services. La prostitution, à l'abri des regards, n'est jamais loin, et l'exploitation sexuelle fait partie intégrante du quotidien des Hijras.

Contraintes de vivre de leur corps, méprisées à l'extérieur, les transsexuels peuvent difficilement s’affranchir de leur communauté. Une situation qui amincit l’espoir de pouvoir commencer un jour une nouvelle vie.

Copyright © Bruno Amsellem / Divergence